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La Peinture

La peinture répond au besoin d'imiter la nature dans ses couleurs aussi bien que dans ses formes. On discute encore pour décider si cette imitation a été dès l'origine une activité désintéressée, ou s'il ne faut pas la rattacher à des manoeuvres magiques. En effet, on a observé chez les peuplades primitives que les chasseurs réalisent une image peinte de l'animal, pour l'envoûter et se ménager une chasse fructueuse. Quoi qu'il en soit, cet art est des plus anciens : il a précédé la sculpture et les objets de pierre polie, puisque les peintures découvertes dans les grottes des Eyzies et d'Altamira remontent à l'époque paléolithique.
Au début, les figures furent dessinées de profil, et sur un seul plan. C'est ainsi que procèdent encore les enfants, aujourd'hui. Toutes les peintures égyptiennes ignorent la profondeur: les objets qui sont censés se trouver en arrière sont simplement représentés au-dessus des premiers. A. mesure que l'éducation de l'oeil se fait, les trois dimensions apparaissent. Les Grecs du Ve siècle surent les rendre. Agatharque connut la perspective, et Apollodore le modelé. La peinture grecque ne nous a pas été conservée, mais elle était prisée par les contemporains au-dessus de la sculpture, et un Apelle recueillait plus d'éloges que Phidias. Les teintes employées étaient très peu nombreuses : quatre ou cinq ; les procédés utilisés: la fresque, la détrempe, l'encaustique. Nous ne pouvons nous faire une idée de cet art que par les quelques imitations romaines qui sont parvenues jusqu'à nous, à Pompéi et à Rome, notamment la remarquable fresque dite les Noces aldobrandines.

En Orient, chez les Assyriens, les Perses, la peinture était surtout employée comme adjuvant de l'architecture. Pendant de longs siècles — et cela, même chez les Grecs — il n'y eut guère de sculptures et de monuments qui ne fussent recouverts de peinture. En revanche, en Extrême Orient elle fut toujours très en honneur, et l'on trouve déjà aux époques primitives une extraordinaire connaissance et compréhension de la forme.
En Europe, après la chute de l'Empire romain, tout l'acquis artistique parut oublié. Seul, l'art byzantin conserva et transmit quelques traditions, une peinture hiératique riche de coloria mais d'un dessin rudimentaire, pratiquée par des ouvriers d'invention nulle, tant ils étaient bridés par une codification très stricte et minutieuse. Si bien que lorsque Cimabué, au mir siècle, puis son élève Giotto, imprimèrent cette impulsion à laquelle on fait remonter la nouvelle naissance de la peinture, ils commencèrent par briser la forme figée des figures byzantines. Point de départ de la merveilleuse floraison qui, pendant plus de quatre siècles, couvrit l'Italie d'écoles et d'oeuvres illustres. Parallèlement, l'art de la couleur se développait au XIVe siècle dans le nord de la France et en Flandre, avec l'apparition de la peinture à l'huile. Ce procédé mettait entre les mains des artistes un moyen d'une extraordinaire richesse et souplesse, qui leur permettait de tout oser et de pousser de plus en plus loin dans l'imitation de la nature. On en a attribué l'invention à Van Eyck. En réalité, il perfectionna un procédé déjà connu, par l'emploi d'un nouveau siccatif dont le secret n'a d'ailleurs pas été retrouvé.

Peintres

Depuis Van Eyck et jusqu'au XIXe siècle, la peinture à l'huile fut pratiquée par glacis. On commençait par dessiner toute la composition dans un ton neutre, camaïeu qu'on glaçait ensuite avec des tons transparents qui lui ajoutaient la magnificence de la couleur. Cette technique fut aussi bien celle des Florentins et des Vénitiens, que de Poussin, Watteau, Rubens ou Terburg. Mais déjà à la fin du XVIIIe siècle, certains maîtres de l'école anglaise, en particulier Reynolds, puis Constable, se mirent à essayer d'autres techniques que la traditionnelle. En France, le mouvement fut donné par Louis David, lequel toutefois n'abandonna pas complètement la préparation en grisaille, comme on peut le constater sur le portrait de Mme Récamier. Mais, avec Delacroix et l'école romantique, la transformation est complète. Désormais la couleur sera appliquée du premier coup sur la toile, dans sa tonalité définitive. On peint, comme l'on dit, "en pleine pâte". Courbet et les réalistes se serviront du couteau à palette pour étendre une matière coruscante mais opaque.

L'année 1874 verra une autre révolution : la naissance de l'école impressionniste. Le peintre est tout appliqué à rendre ses sensations visuelles, ses « impressions » ; il ne serre plus les formes mais les dilue dans l'atmosphère. L'analyse de la lumière, sous l'influence de la théorie des couleurs formulée par Chevreul, est poussée à l'extrême par l'appareil visuel ultra-sensible d'un Monet. Selon le nouveau principe, le ton n'est pas posé tel quel sur la toile, mais est rendu par des vermicules de tons complémentaires qui se fondront dans l'oeil du spectateur. On proscrit de la palette les teintes sombres, les ocres, les bistres, le noir, au bénéfice des tons clairs. Aussi, c'est par abus qu'on classerait Degas parmi les impressionnistes : il reste un grand artiste de la tradition classique.

Les écoles nouvelles foisonnent à la fin du XIXe, et au XX siècle; par un retour voulu aux époques primitives, on dirait que les peintres s'appliquent à désapprendre ce que les grands siècles de la peinture avaient laborieusement acquis. Ecoles néo-impressionniste et divisionniste, avec Seurat et Signac, lesquels poussent le principe de la division des tons jusqu'à ses ultimes conséquences logiques. Ecole symboliste, dont le chef fut Paul Gauguin. Vers 1910 apparaît l'école cubiste, avec à sa tête l'Espagnol Picasso et le Français Braque. L'esprit d'analyse n'est plus seulement appliqué à la couleur mais à la forme, qu'on décompose en ses volumes géométriques constituants. Enfin, après la Guerre, avec l'école surréaliste, le principe même de l'imitation de la nature est nié, et la peinture servira à exprimer le monde intérieur de l'artiste.

bdp

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